L’AI share of voice désigne la part des réponses d’une intelligence artificielle générative qui citent une marque donnée, rapportée à l’ensemble des réponses citant au moins une marque suivie, sur un panier de requêtes fixé à l’avance. Ahrefs, qui documente la métrique dans son outil Brand Radar, pose la formule de base ainsi : réponses mentionnant la marque, divisées par réponses mentionnant une marque suivie, multiplié par 100. Un cabinet de conseil qui suit son propre nom face à quatre concurrents, sur une trentaine de requêtes types posées à ChatGPT, obtient un pourcentage qui ne veut dire quelque chose que rapporté à ce panier précis. C’est ce chiffre que plusieurs outils de suivi de position affichent déjà sans toujours expliquer ce qu’il couvre, et surtout ce qu’il ne couvre pas.
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La formule qu’Ahrefs pondère par plateforme
Dans Brand Radar, Ahrefs ne compte pas les citations à parts égales. Chaque requête du panier est multipliée par un ratio propre à la plateforme IA interrogée, construit à partir du volume de recherche Google de cette requête et d’un taux de trafic observé sur chaque assistant. Les ratios publiés dans l’article de référence d’Ahrefs sont 0,115 pour ChatGPT, 0,011 pour Gemini et 0,01 pour Perplexity. Une requête tapée 20 000 fois par mois sur Google ne pèse donc que 2 300 impressions estimées sur ChatGPT, et environ dix fois moins sur Gemini. L’écart entre ces ratios dit, dans les propres chiffres du fournisseur de l’outil, qu’être cité sur une plateforme et générer du trafic depuis cette plateforme sont deux choses distinctes.
Pourquoi il n’existe pas de bon score universel
Le pourcentage obtenu dépend entièrement des choix faits en amont : les marques suivies, les requêtes du panier, les plateformes IA interrogées, le marché géographique et la période de mesure. Ahrefs le formule sans détour dans son propre article : deux outils peuvent afficher des résultats différents sur la même marque sans qu’aucun des deux ne se trompe. Ajouter un concurrent au panier, élargir la liste des requêtes ou changer de marché suffit à déplacer le score de plusieurs points. Un score d’AI share of voice ne se compare donc qu’à lui-même, dans le temps, sur un périmètre figé, jamais à celui d’une autre entreprise mesuré avec d’autres réglages.
Un exemple concret rend la chose plus parlante. Un artisan plombier mesure sa part de voix face à trois enseignes nationales, sur des requêtes comme « plombier urgence » ou « dépannage chauffe-eau ». Le score change dès qu’il élargit le panier aux variantes locales (« plombier » suivi du nom de sa ville) ou qu’il ajoute une quatrième franchise au suivi. Le chiffre bouge sans que rien n’ait changé dans sa visibilité réelle : seul le périmètre de mesure a changé, pas la réalité qu’il décrit.
Ce que révèle le trafic réel face à la part de voix
La part de voix mesure une présence dans les réponses, pas un résultat business, et l’écart entre les deux est désormais documenté par chiffres. Marie Haynes, consultante SEO, a croisé les données Google Analytics 4 de 100 sites sur douze mois, soit plus de 145 millions de sessions. ChatGPT y génère 0,62 % du trafic organique équivalent à celui de Google, et l’ensemble des IA génératives réunies, 0,73 %. Les visiteurs venus de ChatGPT convertissent mieux, à 13,8 % contre 3,02 % pour Google, mais le volume reste si faible que Google produit encore 96,5 % des conversions totales, vingt-sept fois plus que tous les assistants IA cumulés. Haynes publie ce constat dans un article qui pousse les équipes marketing à regarder ailleurs, vers le panier d’achat universel de Google ou les protocoles qui permettront bientôt aux agents IA d’agir directement sur un site : des chantiers qui mériteraient leur propre fiche, pas un détour ici.

Deux études indépendantes confirment l’écart
Rand Fishkin, cofondateur de SparkToro, a publié sa propre synthèse le lendemain de l’étude Haynes, en s’appuyant sur elle et sur deux travaux distincts. Une étude de l’agence britannique SEOWorks, menée sur 95 sites entre septembre 2025 et août 2026, mesure un trafic organique encore 39 fois supérieur au trafic envoyé par les IA génératives. Kevin Indig, consultant SEO, a de son côté cherché une corrélation entre la visibilité d’une marque dans les réponses IA et son trafic de marque, sur quatre marques suivies : il n’en a trouvé aucune qu’il juge fiable. Trois méthodologies différentes, trois équipes qui ne se citent pas entre elles sauf Fishkin renvoyant vers Haynes, un seul constat répété : la présence dans les réponses IA et le trafic réel ne bougent pas encore ensemble, du moins pas de façon mesurable à ce jour.
Ce qu’il faut en retenir pour une PME
Pour une boutique en ligne ou un cabinet de conseil qui suit déjà son AI share of voice via un outil de rank tracking, rien n’oblige à l’abandonner : la métrique reste utile pour repérer une chute brutale de présence, par exemple après un changement dans les sources que l’IA cite en priorité. Elle ne justifie en revanche aucune réallocation de budget tant que le trafic réel qu’elle génère reste, chiffres à l’appui, marginal face à Google. Une stratégie GEO qui vise les sites que les IA citent en priorité garde son sens pour la réputation de marque et la préparation de l’avenir, mais elle se construit en plus du SEO classique, jamais à sa place.
Le réflexe le plus sûr reste de suivre le chiffre sans en faire un objectif : un AI share of voice qui grimpe est un bon signal, un budget marketing réorganisé autour de lui, à l’heure actuelle, ne l’est pas encore.
Crédit photo : Pixabay.




