Toile d'araignée en gros plan, symbole du réseau de liens qui relie les pages d'un site

Maillage interne : pourquoi les clics comptent plus que le nombre de liens

Un lien interne jamais cliqué ne pèse presque rien pour Google, même s’il figure sur une page depuis des mois. Ce qui compte est la probabilité qu’un visiteur réel le sélectionne : sa position sur la page, la clarté du texte qui l’accompagne, le sujet de la page qui l’entoure. Le nombre de liens présents sur une page, lui, joue un rôle bien plus secondaire que ce que redoutent encore beaucoup de gérants de sites TPE-PME quand ils travaillent leur maillage interne.

La peur de « trop lier » ses pages ne tient pas

Beaucoup de propriétaires de sites limitent volontairement leurs liens internes par crainte de diluer leur autorité : l’idée qu’ajouter un lien sur une page affaiblirait automatiquement le poids de tous les autres. Cette peur vient d’une lecture datée du PageRank, le système qui note une page selon les liens qui pointent vers elle. Dans les faits, une page peut contenir des centaines de liens sortants sans empêcher un lien particulier de transmettre un poids réel à sa cible.

Une expérimentation indépendante menée en 2012 par le consultant australien Dan Petrovic l’illustre bien. Il a fait pointer un lien depuis une page comptant plus de 4 000 liens sortants vers un site test, qui est passé de la 79ᵉ position à la 3ᵉ position en l’espace de quelques semaines (expérience détaillée sur dejanmarketing.com). Le nombre de liens voisins n’a pas empêché celui-là de compter : ce qui a joué, c’est l’autorité de la page source et le fait que le lien restait identifiable au milieu des autres.

Toile d'araignée en gros plan, symbole du réseau de liens qui relie les pages d'un site
Un site bien maillé ressemble à une toile : chaque page tient parce qu’elle est reliée aux autres, pas parce qu’elle en compte le plus.

Ce que Google regarde vraiment derrière un lien

Ce que Google observe réellement sur un lien a été documenté noir sur blanc dans un brevet déposé par l’entreprise en 2004, accordé en 2010 et aujourd’hui expiré (Ranking documents based on user behavior and/or feature data). Le principe : un modèle attribue à chaque lien un poids qui reflète la probabilité qu’il soit cliqué, calculé à partir de données de navigation réelles plutôt que de la seule structure des pages. Les variables retenues sont concrètes : la position du lien sur la page, la taille et la couleur du texte qui le porte, le nombre de mots de ce texte, le contexte des phrases qui l’entourent, et le fait que la page cible reste ou non sur le même site.

Rien ne garantit que Google applique ce brevet exactement tel quel aujourd’hui : un brevet décrit une piste explorée par une entreprise, pas nécessairement le système qu’elle fait tourner en production quinze ans plus tard. Le principe reste cependant cohérent avec ce que l’on observe par ailleurs sur le comportement des moteurs de recherche : ils cherchent à mesurer ce que les visiteurs font réellement sur une page, pas seulement comment cette page est construite. Un lien vaut par la probabilité qu’il soit suivi, pas par sa simple présence dans le code HTML.

Trois règles qui comptent plus que le total de liens

Concrètement, pour un artisan, une boutique en ligne ou un cabinet de conseil qui gère son propre site, trois principes suffisent à corriger la plupart des maillages internes mal pensés.

  • Lier par sujet réellement proche, jamais par contrainte de catégorie. Un article sur le choix d’un fournisseur d’hébergement gagne à pointer vers un guide sur la vitesse de chargement, pas vers n’importe quel autre article rangé dans la même rubrique du blog.
  • Placer les liens les plus importants en tête de l’ordre des liens de la page, pas forcément dans le premier paragraphe : un lien noyé après quinze autres liens moins utiles a statistiquement moins de chances d’être vu et suivi.
  • Ne pas se fixer de plafond arbitraire de liens par article. Le vrai risque n’est pas le nombre, c’est un lien hors sujet, mal placé, ou porté par une ancre vague du type « cliquez ici ».

La différence se joue souvent dans le texte de l’ancre. Un lien « cliquez ici » en fin de paragraphe ne dit rien sur ce qui se trouve de l’autre côté ; un lien « comparer les tarifs d’un hébergement mutualisé » annonce la destination et donne une vraie raison de cliquer. Le second a mécaniquement plus de chances d’être suivi, ce qui rejoint directement ce que le modèle décrit plus haut cherche à mesurer.

C’est la même logique qui sous-tend le maillage vers les pages presque bien classées : on priorise les quelques liens qui ont le plus de chances de faire bouger une position, plutôt que d’ajouter des liens partout de façon uniforme.

Un lien qui existe mais que personne ne clique ne vaut presque rien

Le corollaire est direct : un lien présent sur la page mais que personne ne suit n’apporte presque aucune valeur, même s’il respecte toutes les bonnes pratiques techniques. Pour un artisan qui empile ses dix prestations dans un menu générique en pied de page, ou pour une boutique en ligne qui aligne des liens « voir aussi » sans rapport avec le produit affiché, le résultat est le même : des liens qui existent sur le papier, mais que personne ne suit jamais. Deux liens pertinents et bien en vue rapportent plus qu’une dizaine noyés dans un bloc que personne ne lit.

La plupart des sites WordPress de PME ont, en bas d’article, un bloc « articles similaires » ajouté par une extension et jamais retouché depuis : il aligne des liens selon la logique interne du plugin, pas selon ce qui intéresse vraiment le lecteur de cette page précise. Ces liens existent, mais ils sont rarement ceux qui auraient le plus de valeur.

Une main écrit des notes sur un carnet à côté d'un ordinateur portable, pour planifier les liens internes d'un site
Repérer les pages qui méritent un lien demande de relire son site avec le regard d’un visiteur, pas seulement celui d’une checklist SEO.

Un effet secondaire utile : moins de pages orphelines

Un maillage interne dense limite aussi un problème fréquent sur les sites récents ou peu connus : des pages explorées par Google mais jamais indexées, faute de signal suffisant pour justifier leur passage dans l’index. Un cabinet de conseil qui publie une nouvelle étude de cas sans la relier depuis aucune autre page du site l’isole de fait : rien n’indique à Google qu’elle mérite d’être suivie. La relier depuis deux ou trois pages où le sujet a sa place change ce calcul, surtout pour un site qui n’a pas encore beaucoup d’autorité externe, ce qui explique une bonne partie des soucis de classement des sites récents.

Avant d’ajouter ou de retirer un lien interne, la bonne question n’est donc pas « combien y en a-t-il déjà sur cette page », mais « est-ce que ce lien-là mérite d’être cliqué, et est-il placé pour l’être ». Un maillage pertinent et bien ordonné vaut toujours mieux qu’un maillage dense pour la seule densité.


Crédits photo : Pixabay.

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